Entretien avec Pelin Ayan Musil sur la transition autoritaire de la Türkiye

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L’ASSEDEL a récemment eu l’occasion de s’entretenir avec Pelin Ayan Musil, chercheuse, universitaire et politologue à la CEVRO Univerzita. Ses spécialisations incluent le recul démocratique, les transitions de régime, les systèmes de partis politiques et la politique turque contemporaine.

À travers ce prisme, nous avons discuté de la trajectoire politique de la Türkiye, en nous concentrant sur la transition vers l’autoritarisme qui s’est opérée au cours des deux décennies de pouvoir d’Erdoğan, ainsi que sur les réactions de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe.

De la démocratisation au recul démocratique

Elle a rappelé que le premier mandat du gouvernement AKP d’Erdoğan est généralement perçu non pas comme une période de recul démocratique, mais au contraire de démocratisation de la Türkiye.

« Entre 2002 et 2007, le premier mandat du gouvernement, on constate que le pays s’est réellement démocratisé à un degré qui n’avait jamais été observé par le passé. À cette époque, la principale menace pour la démocratie turque était perçue comme étant l’armée. »

En outre, le gouvernement d’Erdoğan a entretenu de meilleures relations avec les partenaires européens, en se consacrant sans ambiguïté à l’adhésion à l’UE.

Mme Musil situe au deuxième mandat, à partir de 2007, le moment où les choses ont commencé à changer. Cette évolution a été provoquée en partie par une rupture des relations UE-Türkiye au sujet de l’adhésion de Chypre à l’UE, et par le glissement du gouvernement turc vers une rhétorique populiste et antieuropéenne qui en a résulté.

Elle note toutefois que de nombreux chercheurs considèrent encore la période 2007-2011 comme faisant partie de la phase de démocratisation de la Türkiye, les évolutions majoritaires du système politique turc au cours du deuxième mandat étant encore drapées dans des méthodes de participation démocratique populaire, telles que les référendums.

« Je pense que le référendum constitutionnel de 2010 constitue une étape majeure d’une tendance autoritaire manifeste, parce qu’il se présentait comme un ensemble qui, à certains égards, paraissait démocratique … mais qui introduisait aussi ces nouvelles mesures … donnant davantage de pouvoir à l’exécutif. »

Vulnérabilité et tournant autoritaire

Interrogée sur les facteurs qui ont rendu la démocratie turque particulièrement vulnérable, Mme Musil a évoqué une culture politique traditionnelle marquée par un leadership fort et la domination des élites, affaiblissant ainsi la société civile et la participation des masses à la vie politique.

« La démocratie est arrivée en Türkiye en 1950 par un consensus entre les élites. Ce n’est pas le peuple qui a réellement apporté la démocratie ; ce n’est pas sa tentative révolutionnaire qui l’a instaurée : elle est venue d’en haut, par le biais des élites. »

Elle a également désigné 2015 comme un tournant décisif, avec les premières élections tenues dans un environnement ni équitable ni libre, suivies d’une forme de pouvoir plus ouvertement autoritaire sous le système présidentiel entré en vigueur en 2017, le pouvoir étant concentré entre les mains d’une petite élite non élue entourant le président Erdoğan.

Mme Musil a comparé le cas turc à ceux de la Hongrie et de la Serbie, tout en relevant que les conditions en Türkiye sont désormais nettement pires que dans ces deux cas. Le niveau de répression auquel font face les dissidents politiques en Hongrie est, selon elle, nettement moindre, en partie grâce à l’appartenance de la Hongrie à l’UE. Alors que la principale figure de l’opposition en Hongrie est aujourd’hui membre du Parlement européen, son homologue en Türkiye est désormais un prisonnier politique.

La perspective européenne

Sur la question de la réponse européenne aux évolutions en Türkiye, elle a expliqué que les positions de l’UE et du Conseil de l’Europe ont récemment été largement satisfaisantes, en ce qu’elles condamnent avec constance les violations de la démocratie et des droits humains en Türkiye.

Elle estime cependant que, dans les premières phases du gouvernement d’Erdoğan, l’UE aurait pu faire davantage pour prendre au sérieux les positions de la Türkiye, ce qui aurait peut-être freiné le développement de la forte rhétorique anti-UE qui sert à conforter la position intérieure d’Erdoğan. Elle souligne également la prééminence des préoccupations sécuritaires dans la définition de la relation UE-Türkiye, les inquiétudes relatives à la politique intérieure turque ne pesant pas aussi lourd.

« [Les acteurs européens devraient] maintenir un lien transnational avec les acteurs nationaux pro-démocratiques. Cela les maintient en vie. Lorsqu’ils expriment leur préoccupation au sujet du maire d’Istanbul, par exemple, qui est emprisonné, cela maintient la contestation vivante. »

Dans l’ensemble, notre discussion, bien qu’elle dresse un tableau sombre de la trajectoire de la Türkiye, s’est révélée éclairante et instructive. L’entretien complet est à regarder ici.

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